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L'Europe contre l'innovation et le progrès.

  • Photo du rédacteur: Franck Negro
    Franck Negro
  • 24 sept. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 janv.

Dans une lettre ouverte publiée le jeudi 19 septembre, un groupe d’entreprises, de chercheurs et d’institutions — majoritairement européens ou pour lesquels l’Europe constitue un marché essentiel — dénonce l’incohérence d’un cadre réglementaire qui serait, selon eux, la cause principale du retard croissant du Vieux Continent dans le domaine de l’innovation technologique et de l’intelligence artificielle.


"Nous sommes un groupe d’entreprises, de chercheurs et d’institutions qui font partie intégrante de l’Europe et qui œuvrent au service de centaines de millions d’Européens. Nous voulons voir l’Europe réussir et prospérer, notamment dans le domaine de la recherche et des technologies de pointe en matière d’IA. Mais la réalité est que l’Europe est devenue moins compétitive et moins innovante que d’autres régions, et qu’elle risque désormais de prendre encore plus de retard dans l’ère de l’IA en raison de décisions réglementaires incohérentes."

Pourtant berceau historique de la révolution scientifique et technologique, le Vieux Continent semble aujourd’hui perdre en compétitivité face à des régions jugées beaucoup plus avancées, telles que les États-Unis, la Chine ou encore l’Inde, dont les cadres juridiques en matière de numérique apparaissent, sinon moins contraignants, du moins plus cohérents. Les auteurs de la lettre ouverte précisent qu’il ne s’agit pas de réclamer une absence de régulation de l’intelligence artificielle, mais bien plutôt de plaider pour une clarification des règles concernant deux innovations majeures à leurs yeux : 1) les modèles ouverts d’IA, et 2) les modèles multimodaux capables de générer simultanément du texte, des images et de la voix.


Le texte prend ainsi la forme d’un plaidoyer en faveur des modèles ouverts, par opposition aux modèles fermés tels que Gemini (Google) ou GPT-4 (OpenAI). Cette orientation explique la présence, parmi les signataires, de Mark Zuckerberg et de Yann Le Cun (Meta), défenseurs d’une mise à disposition des modèles permettant à tout acteur de développer librement des applications à la fois socialement et économiquement bénéfiques. Les auteurs mettent en avant plusieurs avantages des modèles ouverts : le renforcement de la souveraineté technologique, un contrôle accru sur les données, ainsi que la possibilité, pour les organisations, de télécharger et d’affiner localement les modèles sans être contraintes de transmettre leurs données à des tiers. En conclusion, ils appellent les décideurs européens à adopter rapidement un cadre harmonisé et lisible, de nature à favoriser une utilisation responsable des données tout en soutenant la prospérité économique, la croissance scientifique et le leadership technologique de l’Europe pour les décennies à venir.


Cette initiative fait directement écho à une tribune publiée le 23 août 2024, co-signée par Mark Zuckerberg (Meta) et Daniel Ek (Spotify). Les deux dirigeants y dénonçaient déjà, selon leurs termes, « l’incohérence » de la réglementation européenne, tout en défendant la promotion d’une IA open source. On y retrouve les mêmes arguments : perte de compétitivité de l’Europe par rapport aux autres grandes régions du monde, valorisation des modèles ouverts et multimodaux comme leviers d’innovation scientifique, économique et sociale. Les signataires appelaient ainsi, de manière à peine voilée, les responsables politiques européens à choisir entre une modernisation de leurs approches réglementaires et le risque de voir l’Europe perdre la bataille mondiale de l’intelligence artificielle.


C’est dans ce contexte que Mark Zuckerberg a annoncé la suspension du lancement en Europe de Meta AI, l’assistant d’intelligence artificielle intégré à Facebook et Instagram. Tim Cook, PDG d’Apple — qui n’avait pas signé la lettre ouverte —, a pour sa part invoqué les incertitudes liées au Digital Markets Act (DMA) pour justifier le report, en Europe, du lancement de son propre assistant d’IA, ainsi que de trois fonctionnalités initialement prévues sur l’iPhone 16.


Les tensions ont été encore renforcées par la décision de la CNIL irlandaise d’interdire à Meta l’utilisation des contenus publiés sur ses plateformes sociales pour entraîner ses modèles d’IA, sauf à recueillir le consentement explicite des utilisateurs. Or, comme l’a rappelé Joëlle Pineau, vice-présidente de la recherche en IA chez Meta, il s’agit de données partagées publiquement, et non de conversations privées, telles que celles échangées sur Messenger. Elle souligne également l’importance d’entraîner les modèles sur des données reflétant la diversité linguistique et culturelle européenne, afin d’éviter une domination exclusive des modèles anglo-saxons.


Du côté des institutions européennes, Bruxelles défend néanmoins sa ligne réglementaire. La Commission rappelle que les textes européens sont « pro-innovation », dans la mesure où ils unifient les marchés nationaux, préviennent la constitution de positions monopolistiques et encouragent une concurrence ouverte. Elle cite à cet égard l’exemple de TikTok, contraint de renoncer au lancement de TikTok Lite en Europe, jugé contraire au Digital Services Act (DSA). L’éditeur Mozilla estime, pour sa part, que "plutôt que de consacrer temps et énergie à contester la réglementation, les signataires de la lettre ouverte devraient se concentrer sur la manière de rendre leurs systèmes plus ouverts et plus transparents".


Le débat s’est encore intensifié avec la publication du rapport Draghi. L’ancien président de la Banque centrale européenne y appelle à un assouplissement de certaines régulations jugées excessivement restrictives, afin de permettre à l’Europe d’innover davantage et de tirer pleinement parti des gains de productivité et de croissance que l’intelligence artificielle est susceptible de générer dans les années à venir. 

 

 

 

 

 

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