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Le coup de maître de Microsoft.

  • Photo du rédacteur: Franck Negro
    Franck Negro
  • 10 janv. 2023
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 janv.

Le 10 janvier 2023, Le Monde rapporte, en s’appuyant sur des informations du média spécialisé Semafor et de l’agence Bloomberg, que Microsoft serait en discussion avec OpenAI en vue d’un investissement de 10 milliards de dollars dans cette jeune entreprise spécialisée dans la création de modèles de langage et d’applications de génération automatique de contenus. Une telle opération valoriserait la société californienne, basée à San Francisco, à hauteur de 29 milliards de dollars. L’accord prévoirait également un accès privilégié aux serveurs et aux infrastructures Azure de Microsoft, ressources informatiques indispensables non seulement pour l’entraînement des modèles, mais aussi pour leur déploiement à grande échelle. Selon Sam Altman, directeur général d’OpenAI, chaque requête effectuée par un internaute représenterait un coût de quelques centimes de dollar.


Créée en 2015, OpenAI se distingue par un statut juridique atypique, initialement conçu comme celui d’une organisation à but non lucratif. Ses fondateurs — Sam Altman (Y Combinator), Reid Hoffman (LinkedIn), Peter Thiel (PayPal) et Elon Musk (Tesla, SpaceX, Twitter) — poursuivaient une vocation explicitement affichée : développer une intelligence artificielle générale au service du bien commun. L’ambition originelle consistait à garantir que les avancées en matière d’intelligence artificielle bénéficient à l’ensemble de l’humanité, tout en évitant qu’elles ne soient captées par un nombre restreint d’acteurs privés guidés par des intérêts exclusivement économiques. Elon Musk, en particulier, mettait en garde contre les dangers d’une concentration excessive du pouvoir technologique, jugée susceptible de constituer une menace existentielle. Cette orientation justifiait l’adoption d’une structure non lucrative, censée empêcher la formation d’un monopole jugé préjudiciable et favoriser un accès équitable à la technologie. Ce statut devait également faciliter la diffusion ouverte des découvertes, encourager la collaboration entre recherche universitaire et recherche privée, et promouvoir une logique de partage et de transparence en cohérence avec les principes de l’open source.


Cependant, à partir de 2019, OpenAI s’est progressivement éloignée de ce modèle originel en adoptant une structure dite "hybride", avec la création d’une société à but lucratif plafonné, dite capped-profit. Ce dispositif autorise les investisseurs à percevoir des bénéfices pouvant aller jusqu’à cent fois leur mise initiale, tout en maintenant un plafond théorique. Ce changement de statut a rendu possible l’attraction d’investissements extérieurs substantiels, et en particulier l’entrée de Microsoft au capital, dans le cadre d’un plan pluriannuel d’investissement de 10 milliards de dollars.

À travers ce partenariat, la concurrence avec Google apparaît clairement en toile de fond. Satya Nadella, PDG de Microsoft, envisage l’intégration des modèles GPT au moteur de recherche Bing afin d’en transformer le fonctionnement. L’objectif est de passer d’un modèle classique, reposant sur la restitution d’une liste de liens fondée sur des mots-clés, à un moteur conversationnel permettant aux utilisateurs de formuler des questions en langage naturel et de recevoir des réponses rédigées. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de concurrence fortement asymétrique : si Microsoft est un acteur majeur du cloud computing, Google conserve une domination quasi exclusive du marché de la recherche en ligne, avec plus de 92 % de parts de marché au moment des négociations.


Le média The Information indique par ailleurs que Microsoft projette d’intégrer ChatGPT dans ses logiciels bureautiques les plus utilisés — Word, PowerPoint et Outlook — afin d’automatiser certaines tâches telles que la génération de contenus, la rédaction d’e-mails ou la production de résumés directement au sein des applications.

Toutefois, malgré ces perspectives prometteuses, Reuters souligne la fragilité économique du modèle d’OpenAI. L’entreprise ne prévoyait que 200 millions de dollars de revenus en 2023 et environ un milliard en 2024, des montants relativement modestes au regard des investissements annoncés et des coûts considérables liés à l’entraînement et à l’exploitation des modèles.


Deux obstacles majeurs freinent encore son développement. D’une part, les performances imparfaites de ChatGPT, qui génère un nombre significatif de réponses inexactes, exposant les utilisateurs à des risques de désinformation et les entreprises à des conséquences réputationnelles. D’autre part, l’entraînement des modèles sur des corpus de données figés, qui limite leur capacité à fournir des informations actualisées. À ces difficultés s’ajoutent enfin des incertitudes juridiques persistantes, notamment en ce qui concerne l’usage de contenus protégés par le droit d’auteur pour l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle générative.

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